Le volvaire parasite porte bien son nom

Contrairement aux plantes, les champignons ne savent pas faire la photosynthèse et donc fabriquer leur nourriture. Pour se nourrir, ils sont donc obligés d’en trouver déjà fabriquée. Certains s’associent à des arbres et leur fournissent eau et sels minéraux qu’ils recueillent grâce à leur important réseau racinaire. En échange, l’arbre apporte du sucre au champignon. On appelle ces échanges bénéfiques pour les deux partenaires la mycorhize, qui est une symbiose. D’autres champignons trouvent leur nourriture dans des déchets végétaux (bois mort, fumier, bouses, etc.) ou animaux (cadavres). On les appelle champignons saprophytes.
Ils participent entre autres à la destruction du bois qui redeviendra humus. Enfin, il existe une troisième catégorie: les champignons parasites. Certains s’attaquent aux arbres vivants (mais souvent affaiblis), à nos orteils ou même à d’autres champignons. C’est le cas de la volvaire parasite (Volvariella surrecta). Ce champignon pousse en automne et presque uniquement sur clitocybe nébuleux (Clitocybe nebularis), le fameux gris, petit gris, gris des sapins ou flouve suivant les régions. Le champignon attaqué est complètement transformé et méconnaissable. Le fait que cette volvaire s’attaque toujours à la même espèce permet de la reconnaître à coup sûr.
Le chapeau de ce petit champignon mesure entre 3 et 7 cm. Il est blanc et un peu pelucheux. Par temps humide, il devient un peu visqueux. Les lames sont blanches au début puis deviennent roses car les spores sont de couleur rose. Les lames sont libres, c’est-à-dire qu’elles ne touchent pas le pied. Celui-ci est long de 4 à 8 cm, bulbeux et garni à sa base d’une volve (sorte de sac) qui enveloppait entièrement le jeune champignon. La chair est blanche. La saveur est douce, l’odeur faible, légèrement aromatique et agréable. On ne connaît pas les conditions requises pour que cette volvaire parasite un clitocybe. Bien que son hôte (le clitocybe nébuleux) soit très courant, ce magnifique petit champignon est rare, donc à protéger. D’ailleurs, il
n’est pas comestible. Pourtant son aire de répartition est très large, mais il ne pousse qu’en faibles quantités à des endroits bien précis. Ainsi, d’année en année, les clitocybes de certains endroits seront systématiquement colonisés alors qu’à quelques mètres de là, il n’y aura aucun
parasitisme. Cela fait encore partie des grands mystères de la nature.

Roland et Félicien Corbat