Une bizzare odeur de cadavre en forêt

Je pérégrinais dans les bois de Bassecourt à la recherche de champignons pour mes déterminations du lundi soir quand une odeur nauséabonde, cadavérique arriva à mon nez. Curieux, mais aussi quelque peu inquiet j’ose l’avouer, je cherchai à découvrir ce qui pouvait bien sentir aussi mauvais. Novice encore en mycologie, j’étais dubitatif et j’observai avec curiosité et interrogation ce qui semblait être une morille blanche de consistance fragile et d’aspect spongieux. C’est plus tard, en consultant la littérature que j’ai facilement réussi à déterminer que j’avais trouvé un Phallus impudicus, mais déjà dépourvu de gléba. Il ne restait plus que le squelette du champignon d’aspect morchelloïde (ressemblant à une morille). Mais j’observai plusieurs oeufs oblongs à ses côtés et suivant les conseils de mon vieux maître, je pris bien soin d’en prendre plusieurs avec moi pour une détermination. Ce champignon se présente d’abord en forme d’oeuf blanc souterrain oblong d’environ 6 cm sur 5, puis à la surface du sol. Il reste toujours un ou plusieurs cordons mycéliens assez épais et résistants Ensuite, il grandit en forme de phallus avec une tête d’environ 5 cm, conique, alvéolée et blanchâtre couverte par une substance mucilagineuse vert olive foncé dégageant une odeur repoussante cadavérique, l’oeuf persistant à la base du stipe sous forme d’une volve blanche. Cette odeur cadavérique attire les mouches et ce sont ces dernières qui se chargent de disséminer les spores de ce champignon. Dépourvue de cette gléba après le passage des mouches, la tête retrouve sa couleur blanchâtre et l’odeur est plus agréable sans l’être toutefois. Le stipe est blanc, allant jusqu’à environ 18 cm, spongieux, fusiforme et creux, très fragile. Ce champignon est commun de la fin du printemps à l’automne dans les forêts de conifères ou de feuillus situés entre 500 et 700 mètres d’altitude. Son odeur est à ce point repoussante que son intérêt culinaire est nul. 

Pierre-Alain Lapaire